Les mesures de lutte contre l’érosion prises dans la zone de parachutage d’Anzio de la Base des Forces canadiennes (BFC) Petawawa démontrent bien la capacité des Forces canadiennes (FC) à dispenser un entraînement militaire réaliste et sécuritaire tout en étant respectueux de l’environnement.
La BFC Petawawa loge le 2 e Groupe-brigade mécanisé du Canada, qui est l’une des trois brigades de la Force régulière de l’Armée canadienne. Afin de mettre en pratique leurs habiletés en parachutisme, les soldats doivent disposer d’une zone sécuritaire. La zone de parachutage Anzio de la BFC Petawawa couvre une superficie de 3 km 2 et constitue la principale zone de largage de la base. Elle est alignée en fonction des vents dominants, ce qui réduit le risque pour les parachutistes d’atterrir sur les arbres situés à l’extérieur de la zone cible. Les parachutistes peuvent ainsi perfectionner leurs habiletés dans un environnement sécuritaire et stimulant.
La zone de parachutage fait également partie d’un corridor pour manœuvres mécanisées, où des douzaines de véhicules de combat et de troupes évoluent d’une zone à découvert à l’autre au cours d’engagements factices. La surface vallonnée de la zone de largage est fortement altérée par les exercices militaires qui détruisent la végétation, laissant le sol nu exposé aux effets de l’érosion. Les vents forts qui balaient la zone de largage entraînent le sol exposé. Pour le personnel de la Base, ces forts vents signifient à chaque année la désertification de quelques acres supplémentaires de prairie.

L’érosion éolienne peut causer de graves problèmes si l’on n’intervient pas. À certains endroits de la Base, des plaques de végétation résistent, tandis que le vent balaie le sol environnant. À la longue, ces plaques se sont transformées en îlots surélevés. Certains de ces « îlots de verdure » atteignent plus de 3 pieds de hauteur, ce qui donne une indication de l’importance de l’érosion par le vent. Aussi, les graines qui aboutissent sur la zone de largage sont continuellement déterrées par le vent avant même qu’elles ne puissent germer et prendre racine.
Le sol de la zone de largage Anzio est également constitué d’un sable fin peu fertile où un nombre limité d’espèces végétales peut survivre. Par ailleurs, on a dû recourir de façon périodique à des herbicides pour éliminer les mûriers indigènes, dans lesquels les parachutes pouvaient s’enchevêtrer. Toutefois, les herbicides ont limité davantage le nombre d’espèces végétales disponibles pour combattre l’érosion du sol. L’érosion a également dégagé des débris de coupe de bois qui avaient été enfouis des décennies auparavant, au moment de la construction de la zone de largage. Or, les îlots de verdure et les débris constituent des dangers pour les parachutistes.
Le sable emporté par le vent peut également former des dunes, qui se déplacent lentement, recouvrant et étouffant les végétaux. Les semences recouvertes d’une épaisseur trop importante de sable ne peuvent se développer, leurs pousses ne pouvant émerger. La plus grande dune de sable présente sur le site avait 100 mètres de longueur et 10 mètres de hauteur et progressait régulièrement vers le sud-est de la zone de largage.
L’érosion éolienne a ainsi créé des zones dénudées et a transformé en désert 260 des 800 acres couvertes par le terrain de manœuvres. Par ailleurs, plusieurs peuplements d’arbres qui jouaient un rôle de brise-vent ont dû être coupés pour venir à bout d’une grave infestation d’insectes. La combinaison de ces facteurs, à quoi s’ajoute l’utilisation accrue de la zone de largage, n’a fait qu’empirer le problème d’érosion.
Le plan d’atténuation devait satisfaire à un certain nombre de critères. En raison des limites budgétaires, il fallait considérer des solutions peu coûteuses, certaines activités d’entretien, comme l’irrigation et la fertilisation, devant être écartées. Le plan devait en outre tenir compte de la sécurité et de la santé des soldats présents sur le terrain, et la zone devait demeurer disponible pour l’entraînement pendant la phase de restauration. Le plan devait également prévoir le nivellement des ornières et autres dommages par des procédés épargnant la végétation encore présente.

L’utilisation de végétaux était une solution envisageable. En effet, ces derniers offrent une excellente protection au sol grâce à leurs racines, qui permettent de maintenir le sol en place. Les végétaux empêchent la pluie de détacher les particules de sol, et ils protègent le sol du vent et des eaux de ruissellement qui pourraient entraîner des particules libres. Les matières végétales mortes (humus) enrichissent et renforcent le sol. Les végétaux les plus efficaces contre l’érosion sont les légumineuses et les graminées.
Cependant, les végétaux utilisés pour retenir le sable devaient présenter une hauteur et une densité n’empêchant pas les parachutistes de voir les ornières et les obstacles au moment de l’atterrissage. Le couvert végétal final devait résister aux effets du passage des véhicules et se régénérer à partir de fragments racinaires même si la couche superficielle de sol était endommagée par les véhicules. Finalement, le plan devait également préserver, dans la mesure du possible, la biodiversité de la zone en favorisant la survie des espèces végétales locales.
Devant cette menace, les experts en environnement de la Base, de concert avec dame Nature, ont expérimenté divers moyens pour restaurer les plaines de la zone de largage Anzio et les transformer en prairies fertiles.
Ainsi, une zone de 100 acres a été fertilisée avec des boues traitées provenant d’une usine d’épuration locale. Ces boues ont été injectées à 6 pouces sous la surface à l’aide d’équipement spécialisé. Le but de cette mesure était de fertiliser et de préparer le sol avant de procéder à l’ensemencement de végétation nouvelle. L’injection de la boue dans le sol permettait également de limiter les odeurs et d’éviter les risques pour la santé des troupes.
Un spécialiste des cultures a été engagé afin de choisir une espèce végétale qui respecterait tous les critères techniques d’ensemencement. Dès le début, il a été reconnu que les plantes locales constituaient le meilleur choix. Toutefois, leurs semences n’étaient pas disponibles sur le marché. Il fallait donc trouver une plante protectrice qui allait permettre aux végétaux indigènes de s’établir de nouveau dans les zones de sable nu. Diverses espèces ont été mises à l’essai sur des sites choisis. Les types les plus prometteurs ont ensuite été mis à l’essai dans les zones ou les boues avaient été injectées. Le spécialiste a finalement recommandé l’utilisation du seigle d’automne, graminée fourragère qui peut être ensemencée au printemps ou à l’automne.

L’injection de boues traitées s’est révélée essentielle à la restauration des zones érodées, entre autres pour la fertilisation et l’amélioration de la teneur en eau et de la stabilité du sol. Cette solution a également résolu le problème d’élimination des boues de la municipalité, qui a même assumé les coûts de livraison et d’injection des boues.
Une zone de 100 acres a été traitée avec les boues et ensemencée avec du seigle d’automne. Le seigle a bien résisté au passage des troupes pendant la saison d’entraînement intensif du printemps, alors que les plantes étaient jeunes et vertes. À la fin de l’été, le seigle, ne pouvant plus résister à une circulation intense, est devenu brun doré. La couleur du seigle a aidé les conducteurs de véhicules militaires à repérer et à éviter les zones en restauration. En plus, les semis ont limité le déplacement du sable, ont accru la teneur en matière organique du sol, ont retenu les semences emportées par le vent et ont joué le rôle de plantes de couverture. Pendant leur établissement, ces plantes ont également protégé les graines indigènes contre le vent et la circulation.
Après deux ans, le seigle d’automne a commencé à disparaître et n’a pas été réensemencé. Une transition naturelle vers un mélange rustique d’espèces locales nécessitant peu d’entretien est ainsi survenu, et c’est le vent qui s’est chargé de transporter les graines depuis les zones situées en amont. Bénéfice supplémentaire, les semis de seigle d’automne ont servi de nourriture et d’abri à certains animaux, comme le cerf.
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